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Réélu à la présidence du Costa Rica vingt ans après son premier
mandat, le Prix Nobel de la Paix Oscar Arias remet cette république
centraméricaine sur le devant de la scène internationale. Protection de
l’environnement, consolidation de la paix et développement sont les
maîtres-mots d’une diplomatie active que nous explique ici M. Bruno Stagno,
Ministre des Relations extérieures et du Culte du Costa Rica.
La Lettre Diplomatique : Monsieur le Ministre, vous avez la particularité
d’être né à Paris et d’avoir fait une partie de vos études supérieures en
France. Comment décririez-vous les liens qui vous unissent aujourd’hui à la
France ? Au regard de la coopération active qu’entretiennent les deux pays,
quel élan souhaiteriez-vous impulser aux relations franco-costariciennes,
notamment dans les domaines culturels, touristiques et du dialogue politique
?
M. Bruno Stagno : Je suis effectivement né à Paris, j'y ai fait une
partie de mes études supérieures, et c'est également là que j'ai débuté ma
carrière dans le service diplomatique de mon pays, au Consulat du Costa Rica.
De plus, je suis marié à une française. J’éprouve donc un attachement
sentimental assez fort avec la France et un profond respect à l’égard de ce
pays.
Je souhaite bien entendu que la présence de la France au Costa Rica soit plus
importante, à la fois en tant que partenaire et investisseur, dans la
perspective d’approfondir nos échanges culturels et commerciaux, ainsi que
d’accroître la participation des entreprises françaises aux différents chantiers
de travaux publics et d'infrastructures qui sont lancés dans notre pays.
En matière de dialogue politique, nous voulons tout d’abord saisir
l'opportunité que représente la prochaine présidence française de l’Union
européenne pour dynamiser et faciliter les négociations déjà initiées entre
l’Amérique centrale et nos partenaires européens en vue de la conclusion d’un
Accord d’association dès le premier semestre 2009.
En outre, je souhaite pouvoir intensifier notre travail avec la France dans
le cadre des négociations portant sur le changement climatique et le
développement durable.
L.L.D. : La réélection du Président Oscar Arias le 5 février 2006, près de
vingt ans après son premier mandat, a été marquée par la question du traité
de libre-échange entre les Etats-Unis et les pays d’Amérique centrale
incluant la République dominicaine (CAFTA-DR). Comment analysez-vous la
prolongation du débat qu’il suscite depuis son approbation par referendum le
7 octobre 2007 ?
M.B.S : Le Costa Rica a entériné son adhésion au traité de libre-échange
entre l'Amérique centrale et les Etats-Unis avec le referendum qui s’est tenu
en octobre 2007. Dans le cadre du processus démocratique que garantit le
système politique costaricien, « l’agenda de mise en œuvre » de ce traité
peut faire l’objet de discussions, avant et après le referendum, au sein de
notre Assemblée législative. Le débat sur certaines réformes (concernant
notamment le secteur des télécommunications et des assurances) s’est ainsi
prolongé au-delà du temps qui nous était imparti. Le Costa Rica a donc
récemment obtenu une prorogation de sept mois à compter du 1er mars 2008 pour
poursuivre le débat et parvenir à l’approbation des 12 projets nécessaires à
l’entrée en vigueur du traité de libre-échange, dont 8 ont déjà été approuvés
en première lecture.
L.L.D. : Le Costa Rica a été le dernier pays centraméricain à approuver le
CAFTA-DR. Quel calendrier est-il prévu pour son application effective ?
Comment définiriez-vous la portée de cet accord, notamment en terme de
création d’emplois ? A l’inverse, comment comprenez-vous les critiques qu’il
soulève notamment sur ses effets présumés négatifs pour les secteurs de
l’agriculture, de la pêche et du textile ?
M.B.S : Comme je vous l’ai expliqué précédemment, le CAFTA-DR entrera en
vigueur une fois que les réformes exigées par les députés seront adoptées.
Parallèlement à ce processus, le nombre d’entreprises étrangères et
nationales au Costa Rica s’est particulièrement accru au cours de ces
dernières années. Or, l’entrée en vigueur de ce traité devrait, sans doute,
accentuer cette tendance en favorisant des liens productifs, des alliances et
des projets d’affaires entre entreprises centraméricaines elles-mêmes, mais
aussi entre celles-ci et des entreprises américaines.
Le développement de ces échanges intra-régionaux aura pour effet de favoriser
la création d’emplois, la compétitivité au niveau global et, de fait, la
réduction du chômage. Le processus d’ouverture que notre pays a adopté, nous
permet d’afficher aujourd’hui un taux de chômage de 4,8%, soit le plus faible
taux d’Amérique latine et des Caraïbes selon l’Organisation internationale du
travail (OIT). Aussi, ces résultats devraient être confortés par l’accès
privilégié des produits costariciens aux Etats-Unis, en suscitant de vastes
échanges commerciaux et flux d’investissement.
En ce qui concerne plus particulièrement le secteur textile, le Costa Rica a
spécialisé sa production et a conquis diverses niches qui lui ont permis
d’être compétitif tant sur le marché américain qu’à l’échelle internationale.
Le secteur textile costaricien s’est d’ailleurs adapté depuis déjà plusieurs
années aux circonstances intérieures comme extérieures : d’une part, à la
transition de notre pays vers une économie fondée non sur une main d’œuvre
intensive, mais sur une main d’œuvre qualifiée visant à produire des biens et
des services d’une plus grande valeur ajoutée ; et, d’autre part, à la
concurrence provenant d’économies émergentes comme la Chine et l’Inde. Il
s’ensuit qu’aujourd'hui nous possédons un secteur textile prêt à assumer les
défis mais aussi les opportunités que lui offrent un marché comme celui des
Etats-Unis.
Pour ce qui est de l’agriculture et de la pêche, les Etats-Unis représentent
l’un de nos principaux marchés d’exportation, c’est pourquoi ces deux
secteurs d’activité profiteront de cette nouvelle étape de notre processus
d’ouverture. Il faut également souligner qu’à partir de l’entrée en vigueur
du traité de libre-échange, nos producteurs pourront compter sur une plus
grande prévisibilité quant à l’avenir de leurs débouchés, puisque jusqu’à
présent le marché américain était accessible sur le principe d’un traitement
préférentiel à caractère unilatéral, tandis que les accords entre les deux
Etats supposent désormais des droits et des obligations des deux parties.
L.L.D. : L’accroissement des échanges avec les Etats-Unis, premier
partenaire commercial de votre pays, s’inscrit dans un objectif plus large de
renforcement de la compétitivité nationale. Quels secteurs publics sont-ils
appelés à s’ouvrir dans cette perspective ? Quelles opportunités les grands
projets d’infrastructures lancés par votre gouvernement peuvent-elles offrir
en particulier aux entreprises françaises ?
M.B.S : Le Costa Rica s’est affirmé comme une plate-forme régionale
d’investissement. Près de 70% de ces investissements proviennent des
Etats-Unis. Ils se concentrent dans les secteurs industriels et financiers,
ainsi que dans ceux de l’immobilier et du tourisme, actuellement en plein
boom dans les régions du Guanacaste et de Puntarenas.
L’accord CAFTA-DR ouvre aussi de ce point de vue de nouvelles opportunités
d’investissement, en particulier dans les secteurs des télécommunications et
des assurances qui étaient jusqu'à présent des monopoles d’Etat. Notre
gouvernement a en outre lancé un ambitieux programme de construction
d’infrastructures portuaires, routières, aériennes et ferroviaires de premier
plan qui peut intéresser les entreprises françaises, ainsi que des projets
d’infrastructures touristiques et dans les industries connexes.
Je tiens également à souligner que la majeure partie du commerce entre
l’Union européenne et l’Amérique centrale provient du Costa Rica (qui
représente 60% des échanges). La France occupe le 10ème rang des destinations
des exportations costariciennes vers l’Union européenne. Mais nos
exportations vers le marché français disposent d’un grand potentiel de
développement qui pourrait être accru en identifiant de nouveaux produits
pour les secteurs des services, médical et électronique, le secteur de la
pièce détachée automobile, ceux de l’entretien et de la réparation des avions
et des bateaux de transport, ainsi que pour les centres de formation relatifs
à l’ensemble de ces secteurs.
L.L.D. : La croissance soutenue que connaît le Costa Rica depuis dix ans
avec une moyenne de 6% repose sur une forte attraction des investisseurs
étrangers. De quels nouveaux atouts dispose le marché costaricien sur ce plan
? Quelles sont vos priorités pour améliorer l’environnement des affaires de
votre pays ?
M.B.S : Notre pays est devenu l’une des économies les plus performantes
de l’Amérique centrale, avec un PIB par habitant de 5 627 dollars en 2007, un
niveau d’extrême pauvreté limitée à 5%, une espérance de vie atteignant 79
ans et un système de protection sociale qui couvre près de 80% de la
population. Ce modèle économique et social attire d’ailleurs de nombreux
travailleurs immigrés, dont beaucoup en provenance du Nicaragua.
Ces résultats sont à attribuer dans une large mesure, à sa stabilité en
termes économique et politique, ainsi qu’à ses infrastructures orientées vers
l’exportation et à une main d’œuvre très qualifiée et innovatrice. Selon
l’indice élaboré par l’Institut d’investigations économiques de l’Université
de Munich (IFO) et la Fondation Getulio Vargas (FGV) au Brésil, le Costa Rica
fait ainsi partie des trois pays d’Amérique latine doté du meilleur climat
économique pour les entreprises.
Les exportations costariciennes se sont en outre fortement diversifiées,
principalement dans les hautes technologies, les services et
l’agroalimentaire. Le gouvernement favorise également une politique
d’ouverture économique. Dans ce sens, le Costa Rica a conclu des accords de
libre-échange avec l’Amérique centrale, le Chili, le Mexique, le Panamá, la
République Dominicaine, le Canada, la CARICOM (Communauté du bassin des
Caraïbes), et maintenant les Etats-Unis (en attente de l’approbation
législative). Il envisage d’ailleurs de nouveaux accords de ce type,
notamment avec la Chine et d’autres partenaires asiatiques.
Le Costa Rica poursuit désormais ses efforts visant à simplifier et
informatiser une grande partie des procédures administratives qui
ralentissent les créations d’entreprises et les échanges. Ce processus
commence d’ores et déjà à montrer des résultats concrets sur le plan des
exportations et des flux d’investissements que nous attirons.
Enfin, notre pays continue à élargir l’attribution des principaux programmes
d’aide à la production et à l’exportation qui sont déjà en vigueur, comme les
zones franches, et qu’il s’efforce aussi d’améliorer. Toutes ces mesures
reflètent la volonté du gouvernement costaricien de rendre le pays de plus en
plus attractif à l’investissement et à l’exportation.
L.L.D. : En visite officielle aux Etats-Unis le 6 décembre 2006, le
Président Oscar Arias a fait valoir le concept de « Consensus de Costa Rica »
pour demander l’annulation de la dette costaricienne. Pouvez-vous nous
expliquer ce concept ? Comment ce dossier a-t-il évolué depuis cette visite ?
M.B.S : Le « Consensus de Costa Rica » a été lancé par le Président Oscar
Arias dans le cadre de l'Assemblée générale des Nations unies qui s’est tenue
à New York, le 20 septembre 2006. Ce projet propose de lier la coopération et
la solidarité internationale avec les efforts mis en œuvre par les pays en
matière de renforcement de la paix, l’investissement social, le développement
durable et la réduction des budgets militaires. C’est une initiative qui
cherche à réformer les schémas actuels de coopération internationale, afin
que les pays qui investissent de façon éthique, c’est-à-dire en répondant aux
besoins sociaux les plus urgents, puissent bénéficier de la coopération et de
l’aide publique au développement, de prêts avec des taux d’intérêt
subventionnés, ainsi que de l’annulation ou de l’échange de leur dette
extérieure.
Dans le monde, les dépenses militaires moyennes s'élèvent à 3,4% du produit
intérieur brut, c'est-à-dire, un total de 1 100 billions de dollars annuels,
avec d’importantes variations de région à région et de pays à pays. Ces
dépenses militaires excessives peuvent et doivent être destinées à de
meilleures utilisations, notamment à prendre en charge les besoins sociaux
les plus pressants et, plus largement, s’inscrire dans la perspective morale
que propose le Consensus de Costa Rica, à savoir de s’orienter vers un effort
pour réduire la pauvreté et atteindre les Objectifs de Développement du
Millénaire.
Le Consensus plaide en faveur de la mise en place par les pays riches de
mécanismes destinés à faire en sorte que les pays en voie de développement
qui investissent de plus en plus dans la santé, l’éducation, le logement et
de moins en moins dans les armes et les soldats, soient exemptés de dette et
qu’ils soient financièrement soutenus.
L’initiative proposée par le Président Oscar Arias a soulevé un vif soutien
lorsqu’elle a été promue au sein de divers forums dont le Sommet
ibéro-américain de Chefs d'Etat de novembre 2006 ; le Dialogue de haut niveau
entre le Conseil économique et social (ECOSOC) et les institutions
financières internationales qui s’est déroulé à New York, le 16 avril 2007 ;
les organisations financières internationales (tels que le Fonds monétaire
international, la Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement)
et les organisations multilatérales, comme les Nations unies, l’Organisation
des Etats d’Amérique (OEA), la Commission économique pour l’Amérique latine
et les Caraïbes (CEPAL), le Secrétariat du Sommet ibéro-américain, et bien
d’autres, qui ont montré un intérêt renouvelé à l’égard de cette initiative.
Concrètement, on peut citer au nombre des principaux résultats qu’elle a
suscitée, la prise de position du Secrétaire général des Nations unies (voir
le document E/2007/10 du 19 mars 2007) qui l’a identifiée comme un «
mécanisme de financement innovant ». La déclaration finale du Sommet
ibéro-américain des Chefs d’Etat qui s’est tenu en novembre 2006, a également
intégré un paragraphe exprimant un accueil bienveillant au « Consensus de
Costa Rica ».
Dans le cadre des relations bilatérales que nous entretenons avec les
Etats-Unis, nous avons obtenu sur la base du « Consensus de Costa Rica » et
de l’autre initiative innovante du Président Arias de « Paix avec la Nature
», que nos partenaires américains annulent une partie de la dette (soit 26
075 942 dollars) avec, en contrepartie, notre engagement à réaliser des
investissements dans le domaine de l’environnement et, en particulier, dans
la protection des forêts vierges.
L.L.D.: Le sommet de San José du Système d’intégration centraméricain
(SICA) a permis en décembre 2006 de mettre en œuvre le mécanisme de
négociation en vue d’un accord d’association avec l’Union européenne (UE).
Comment les discussions évoluent-elles depuis leur lancement le 29 juin 2007
? Quel rôle peut jouer la France de ce point de vue à l’approche de sa
présidence de l’Union européenne ?
M.B.S : Je souhaite tout d’abord souligner que le Costa Rica a cherché
tout au long de son histoire à entretenir de solides relations avec ses
voisins d’Amérique centrale. Il s’est étroitement impliqué dans les questions
régionales, par exemple, en tant que membre fondateur du Marché commun
centraméricain.
Lors du Sommet de San José de décembre 2006, les pays d’Amérique centrale ont
effectivement décidé de mettre en place un mécanisme de négociations, qui
s’est avéré très efficace lors des deux premiers cycles de négociations avec
l’Union européenne. Ce mécanisme prévoit la désignation d’un « pays
porte-parole » assuré à tour de rôle par chaque Etat tous les deux cycles,
suivant l’ordre alphabétique. Le Costa Rica a ainsi été le premier Etat à
assumer ce rôle dans le cadre des négociations actuellement en cours.
L’Accord d’association entre l’Amérique centrale et l’Union européenne inclut
trois volets : le dialogue politique, la coopération et le commerce. Le
premier cycle de négociations a démarré formellement la semaine du 22 octobre
2007 à San José. Le deuxième cycle s’est, quant à lui, tenu à Bruxelles entre
le 25 et le 29 février 2008. Les discussions évoluent favorablement et nous
espérons obtenir un accord dans des délais assez raisonnables. Dans le cadre
de ces négociations, le Costa Rica recherche un meilleur accès aux marchés
européens ainsi que l’engagement de l’Union européenne à soutenir notre région
dans la mise en œuvre du futur Accord d’association.
Compte tenu des liens historiques, politiques, économiques et culturels qui
unissent nos deux régions, l’Europe est consciente de l’importance que
représente cet accord pour nous. Dans les années 1980, l’Europe a joué un
rôle crucial pour favoriser le retour de la paix dans la région. Aujourd’hui,
nous attendons des Etats membres de l’UE, et en particulier de la future
présidence française, un soutien sans faille et un accompagnement étroit dans
le processus des négociations menées actuellement avec la Commission
européenne, de sorte que l’on puisse annoncer leur finalisation, comme nous
le souhaitons tous, au premier semestre 2009. Une participation active de la
France en ce sens nous semble absolument indispensable pour atteindre cet
objectif.
L.L.D. : Le programme d’aide à la région adopté par l’UE pour la période
2007-2013 a été porté à 840 millions d’euros. Compte tenu des orientations de
ce programme, quelles sont vos attentes à l’égard du futur accord
d’association, tant sur le plan économique que sur le plan politique et de la
coopération ?
M.B.S : Le programme de coopération pour la région adopté par l’UE pour
la période 2007-2013, répond à des critères nationaux et régionaux. Il sera
mis en œuvre dans des secteurs prioritaires, définis en accord avec chaque
pays, ainsi qu’avec le Secrétariat général du SICA. Tel qu’il a été énoncé
par la Commission européenne à Bruxelles lors du deuxième cycle des
négociations de l’Accord d’association, le programme - dont aucune
modification est envisageable - est déterminé pour aborder trois domaines
d’action : le renforcement du système institutionnel en vue de l’intégration
de l’Amérique centrale, l’approfondissement de l’intégration économique
régionale et la consolidation de la sécurité régionale.
Toutefois, l’Amérique centrale cherche à faire en sorte que notre coopération
avec l’Europe serve également à renforcer les liens politiques et économiques
entre les deux régions et à accompagner le processus préparatoire en vue de
la mise en œuvre du futur Accord d’association.
Sur le montant total destiné à la région, le Costa Rica recevra ainsi 34
millions d’euros pour la période 2007-2013. Le pays envisage la mise en place
de projets qui visent dans un premier temps à :
- renforcer les capacités des petites et moyennes entreprises pour leur
intégration dans le marché international, centraméricain et européen ;
- améliorer la capacité du secteur productif à travers l’amélioration des
normes en matière phytosanitaire et d’autres mesures sanitaires pour
l’exportation vers le marché européen ;
- soutenir le secteur productif et exportateur pour surmonter les obstacles
techniques au commerce, ce qui représente un grand défi en terme d’accès au
marché européen.
Notre pays est convaincu qu’une coopération plus efficace et moderne est
nécessaire pour atteindre les niveaux de développement auxquels il aspire, et
ce, principalement, par le biais de l’éducation, de la recherche, de la
formation, des sciences et des technologies. Il cherche ainsi à ouvrir des
espaces innovants de coopération avec l’Union européenne et à engager des
dialogues et des initiatives conjointes dans les domaines des sciences et
technologies, du changement climatique, de l’environnement et du renforcement
institutionnel.
Une amélioration des opportunités commerciales avec l’Europe ouvrira à notre
région des grandes opportunités pour atteindre le développement durable et
une meilleure qualité de vie de ses populations.
L.L.D. : Avec l’accord d’association UE-Amérique centrale, Bruxelles
aspire à jouer un rôle de catalyseur de l’intégration entre les six pays de
la région. Comment percevez-vous cette ambition ?
M.B.S : Pour comprendre le contexte des négociations actuelles entre les
deux régions, il est indispensable de faire la distinction entre deux
processus différents.
D’une part, le processus d’intégration régionale de l’Amérique centrale
dispose d’une dynamique qui lui est propre et qui découle de la volonté
politique des pays de la région. Ce processus doit être distingué du
processus de négociations qui vise à une mise en œuvre réussie de l’Accord
d’association entre l’Union européenne et l’Amérique centrale. Chacun de ces
processus possède sa propre logique et répond à des exigences politiques et
techniques différentes.
L’Amérique centrale continuera donc, d’un côté, à définir et décider de son
schéma d’intégration et elle poursuivra, d’un autre côté, son engagement pour
que l’Accord d’association avec l’UE réponde pleinement aux attentes des deux
régions.
L.L.D. : L’établissement de relations diplomatiques avec la Chine
représente une autre initiative majeure du Président Oscar Arias qui a
effectué sa première visite à Pékin le 20 octobre 2007. Considérant son
objectif d’augmenter les exportations costariciennes vers la Chine de 18% par
an, quelles synergies économiques peuvent-elles être plus précisément
impulsées entre les deux pays ?
M.B.S : Tout d’abord, laissez-moi souligner que nos relations avec la
Chine sont fondées sur le respect mutuel et se concentrent sur nos intérêts
communs, tout en reconnaissant les différences entre nos deux pays. Après les
Etats-Unis, la Chine représente le partenaire le plus important pour le Costa
Rica, en termes d’échanges économiques et de marchandises.
Dans cet esprit de respect mutuel, nous avons initié des échanges intenses,
marqués par des visites d’entrepreneurs qui consolident davantage le socle de
notre coopération. La visite du Président Arias en octobre 2007 a ainsi
débouché sur la signature de plusieurs accords-clés, notamment d’un Cadre
commercial et économique, mais aussi dans les domaines politique, culturel,
éducatif, de recherche techno-scientifique et dans d’autres encore.
En raison de son immense territoire, de son poids démographique, de son
niveau d’industrialisation et d’urbanisation, la Chine recèle un formidable
potentiel en tant que marché. Dans ce contexte, le Costa Rica dispose avec
ses 3 500 produits d’exportation, d’atouts non négligeables, notamment dans
les secteurs tels que l’agroalimentaire, le tourisme, les hautes
technologies, l’informatique, l’investissement immobilier et la protection de
l’environnement. Notre pays peut également offrir une porte d’entrée
privilégiée aux produits chinois dans la région.
L.L.D. : Fort de ses relations étroites avec le Japon et la Corée du Sud,
le Costa Rica souhaite intégrer le Forum Asie-Pacifique (APEC). Quels
avantages l’appartenance à cet ensemble peut-elle lui apporter ?
M.B.S : La construction de liens entre le Costa Rica et les pays émergents
qui développent leur influence, joue un rôle primordial pour soutenir notre
dynamisme et notre croissance économique.
Le bassin du Pacifique représente à cet égard l’une des régions les plus
importantes du commerce international. Cette région progresse également vers
la consolidation d’un processus d’intégration régionale intercontinental. Les
pays qui forment cet ensemble comptent aujourd’hui un total de 2 800 millions
d’habitants et leurs économies produisent 56% de la richesse de la planète et
46% du commerce global.
L’APEC est un forum important pour le Costa Rica car il pourrait nous
permettre de créer et de renforcer nos relations avec les pays de
l’Asie-Pacifique. L’appartenance à l’APEC contribuerait ainsi à créer un
cadre adéquat et flexible à travers lequel on pourrait non seulement échanger
des informations mais aussi adopter des positions conjointes sur des
questions d’importance mondiale comme l’équité des échanges commerciaux ou
les problèmes liés à l’environnement et au développement durable.
L.L.D. : Votre pays a été élu membre non-permanent au Conseil de Sécurité
des Nations unies pour la période 2008-2009. Quelle position entendez-vous y
faire valoir, notamment en matière de droits de l’homme et de désarmement ?
Comment comptez-vous faire progresser les propositions du groupe des « Cinq
petits Etats » en faveur de la réforme des Nations unies, en particulier pour
limiter le droit de veto au sein du Conseil de sécurité ?
M.B.S : Depuis son entrée au Conseil de Sécurité, notre pays a proposé de
développer un agenda conforme aux valeurs de sa politique extérieure comme la
paix, le désarmement, les droits de l’homme, la prévalence du droit
international et le droit international humanitaire, ainsi que la réforme des
méthodes de travail du Conseil.
De notre point de vue, nous devons non seulement exiger la mise en œuvre des
compromis internationaux déjà adoptés en matière de désarmement et de
non-prolifération, dont la non-application est considérée comme une menace ;
mais nous devons aussi faire en sorte qu’ils soient appliqués à ces nations
qui possèdent déjà ce type d’armes et ne devraient pas développer de
nouvelles technologies nucléaires.
Nous plaidons de ce fait pour le respect et la mise en œuvre des obligations
qui émanent du Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et du
Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TPCE).
La communauté internationale, et en particulier le Conseil de Sécurité,
doivent affronter sans délai la question de la non-prolifération des armes
nucléaires et éviter les doubles positions dans l’application de la
réglementation qu’exige le désarmement.
Le Costa Rica assume précisément depuis janvier 2008 la Présidence du Comité
1540 du Conseil de Sécurité, qui est un organe auxiliaire mis en place afin
d’assurer l’application de la résolution 1540 du 28 avril 2004. Cette
résolution adoptée sous le Chapitre VII de la Charte des Nations unies,
impose une série d’obligations astreignantes pour tous les Etats membres,
comme, entre autres, le devoir de s’abstenir d’apporter un quelconque type de
soutien aux agents non-étatiques qui essayeraient de développer, acquérir,
fabriquer, posséder, transporter, transférer ou employer des armes
nucléaires, chimiques ou biologiques et leurs systèmes de vecteur.
Depuis que nous avons intégré le Conseil de Sécurité, nous avons soutenu et
promu la protection des droits de l’homme dans les zones de conflit. Nous
avons aussi plaidé pour une plus grande collaboration et une coordination
entre le Conseil et d'autres organismes comme la Cour pénale internationale
(CPI). Le Costa Rica a montré sa préoccupation à l’égard de la légitimité des
gouvernements, des valeurs de gouvernance, ainsi que de la situation des
populations déplacées et des réfugiés provoquée par des conflits.
Comme vous l’avez évoqué, la Suisse, Singapour, la Principauté du
Liechtenstein, la Jordanie et le Costa Rica plaident pour limiter le droit de
veto des cinq membres permanents. Mais il convient aussi de préciser que la
proposition envisage que le Conseil de Sécurité soit plus transparent et
rende compte des décisions qu’il adopte. L’objectif n’est pas de limiter le
pouvoir du Conseil de Sécurité, mais d’augmenter la collaboration entre le
Conseil et l’ensemble de ses membres. Nous pensons en effet que nous
continuerons à avancer, précisément par le dialogue et le travail proactif
que nous mettons en œuvre pour arriver à des consensus sur ces idées.
L.L.D. : Vous avez assumé entre 2005 et 2008 les fonctions de Président de
l’Assemblée des Etats parties, organe législatif et administratif de la Cour
pénale internationale (CPI). Comment cette institution multilatérale a-t-elle
évolué depuis sa création, notamment à la lumière de la position de certains
pays réticents à coopérer avec elle ?
M.B.S : La CPI compte à ce jour 105 Etats parties. Elle a commencé à
instruire ses premiers cas et elle est sans aucun doute devenue la référence
en matière de lutte contre l’impunité. Tous les organes de la Cour
fonctionnent conformément au Statut de Rome et les pays qui s’opposaient à la
CPI ont désormais adopté une position plus flexible au regard de sa
crédibilité, de sa légitimité et des progrès qu’elle a d’ores et déjà
enregistrés. Même le Conseil de Sécurité des Nations unies a établi des liens
avec la CPI, en lui confiant la poursuite des responsables pour crimes contre
l’humanité au Darfour.
L.L.D. : Doté d’une riche biodiversité, le Costa Rica a déclaré « la paix
à la nature ». Quelle est votre vision du vaste débat international qui s’est
engagé sur l’environnement et le réchauffement climatique ? Quelles
orientations votre pays préconise-t-il en la matière ? Quels enseignements
peut-on tirer de l’expérience costaricienne dans le domaine de la protection
de la nature et de sa valorisation ?
M.B.S : Le Costa Rica occupe seulement 0,03% de la superficie terrestre,
mais il concentre à lui seul près de 6% de la biodiversité mondiale. Le
changement climatique constitue un phénomène grave, représentant une menace
considérable pour l’intégrité biologique du Costa Rica et de tous les autres
pays du monde. C’est ainsi que notre pays a eu le souci de préserver sa
biodiversité (un quart du territoire est protégé). Le Costa Rica est en même
temps devenu un pays pionnier en matière de tourisme écologique, ancré dans
la protection de son environnement, ainsi que dans la protection et la
conservation de la grande zone de nidification pour les tortues de mer. Dans
ce contexte, le Costa Rica préside actuellement le Conseil du PNUE (Programme
des Nations unies pour l’Environnement) et a rejoint le Groupe des amis de
l’ONUE (Organisation des Nations unies pour l’Environnement).
La proposition de « Paix avec la nature » comprend à la fois des engagements
sur le plan de la situation intérieure du pays (au premier rang desquels
l’ambition d’être la première économie où toutes les émissions de CO2 seront
compensées au niveau national) et d’autres sur le plan de la situation
globale dans le monde qui consacrent l’interdépendance « de toutes les
Nations avec la nature. » Cette vision des enjeux environnementaux implique
donc la nécessité d’une responsabilité partagée mais différenciée, car chaque
nation a sa propre approche, mais toutes doivent coopérer.
Le Costa Rica exercera dès lors son leadership dans ce domaine afin de promouvoir
des engagements volontaristes des nations, qui s’ajouteront à ceux souscrits
dans le cadre de coopérations intergouvernementales et au sein de forums
multilatéraux. En effet, ces engagements internationaux, comme par exemple la
Convention Marco des Nations unies sur le changement climatique et le
protocole de Kyoto, restent dans certains cas clairement insuffisants.
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